Le chemin de Xavier Rimbault fait partie de ceux-là. Un parcours qu’on ne résume ni par un chiffre, ni par un “succès rapide”, mais par une constance : celle de quelqu’un qui n’a jamais cessé d’avancer, pas à pas, pour créer sa marque de sport et tenir debout dans un univers où beaucoup disparaissent.

Aujourd’hui fondateur de Trigger et repreneur de Nomade Shop, il incarne une forme rare d’entrepreneuriat : celui qui se construit en silence, avec finesse, sur la durée, en écoutant le marché plutôt qu’en cherchant à l’impressionner.
La passion avant le projet : glisser pour comprendre le monde
Avant que l’idée même d’entreprendre n’apparaisse, il y a le roller.
Pas le roller “tendance”, pas le roller “produit” mais celui des skate parks urbains, des figures, des essais, des chutes, de la persévérance.
Xavier raconte avoir voulu devenir vétérinaire.
Puis il évoque ce stage qui l’a fait changer de voie : confrontation trop brutale, trop éloignée de ce qu’il imaginait.
Ce basculement ouvre une porte : celle du commerce lié au sport qu’il aime.
Très vite, il cherche une alternance dans un magasin spécialisé.
Et il la trouve directement chez Nomade Shop, à Paris (Bastille), le lieu qui deviendra son ancrage.
C’est important : son premier apprentissage n’est pas “dans une boutique”, mais précisément chez Nomade Shop.
Et cette précision change tout, car elle explique la suite.
Nomade Shop : la première école, le premier terrain, la première lecture du marché

Nomade n’est pas seulement un commerce : c’est un point de rencontre, une communauté, un lieu où les produits ont une histoire et où chaque client a une pratique précise.
Xavier y grandit littéralement.
Il observe les pratiquants, comprend les modèles de rollers, identifie les attentes, découvre les contraintes de stockage et les aléas de saisonnalité.
Il apprend tout ce qu’un créateur devrait apprendre avant de créer sa marque, sans le savoir.
Il reprend le rayon Roller Street.
Il l’organise, le développe, l’optimise.
Il fait progresser son chiffre d’affaires année après année, jusqu’à atteindre un niveau très solide pour un rayon technique et niche.
Mais ce qui compte surtout, c’est ce qu’il absorbe du marché : le sérieux nécessaire, les marges serrées, les fluctuations, les clients experts, les produits techniques qui demandent une vraie connaissance.
C’est cette immersion qui rendra possible — et crédible — l’idée même de créer sa marque de sport dans un domaine aussi exigeant que le roller street.
Créer sa marque de sport : un acte d’endurance plus qu’un geste entrepreneurial
L’envie de créer Trigger ne surgit pas comme une ambition d’entrepreneur classique.
Elle apparaît comme une évidence.
Comme la suite logique d’années passées à conseiller, ajuster, comprendre.
« J’avais envie de monter ma boîte. Je voulais créer un Roller Street, pas un skate shop. Une marque qui fabrique ses propres produits », dit-il.

Créer une marque de roller, ce n’est pas créer un tee-shirt.
C’est faire fabriquer des moules extrêmement coûteux, un par pièce, un par taille.
C’est accepter que la production ne puisse plus se faire en Europe, car il n’existe plus d’usines pour ce type de produit.
C’est multiplier les prototypes, découvrir les défauts — alignement, perçage, matériaux — et recommencer encore.
Les banques refusent.
Xavier persiste.
Il décroche finalement un prêt d’honneur, le dispositif NACRE, puis l’aide d’un ami.
Ce financement hybride, issu de plusieurs sources, est typique d’un créateur de marque technique.
Et le temps s’étire :
« Entre le premier dessin et la sortie du roller, il a fallu cinq ans. »
Cinq ans de corrections.
Cinq ans de réceptions de prototypes.
Cinq ans à ajuster les pièces.
Cinq ans à structurer un projet logistique embryonnaire : comment réceptionner, contrôler, stocker, livrer les premières séries ?
Le business, ici, ne se résume pas à un business plan :
le business est dans la rigueur du produit et la maîtrise du cycle industriel.

Le retour chez Nomade : garder un pied dans le marché, tenir un pied dans la création
Lorsque Trigger sort enfin ses premiers modèles, la marque est réelle, tangible, mais pas encore viable.
Xavier retourne alors travailler chez Nomade, à temps partiel.
Ce retour est stratégique :
il maintient un revenu, reste connecté aux clients et continue à observer les usages.
Il consolide son expertise, un élément clé pour toute marque technique.
Son quotidien est alors structuré ainsi :
- Nomade le jour,
- Trigger le soir,
- corrections produits, photos, fiches article, marketplaces la nuit, le week-end, autant que nécessaire.
C’est une période d’équilibre fragile, mais typique des créateurs de marque qui n’ont ni investisseurs, ni équipe derrière eux.
Créer sa marque de sport, ici, c’est aussi tenir sur la durée, sans brûler les étapes.

Le marché évolue : la communication, l’influence, les rideuses, l’image, et les exigences nouvelles
Xavier analyse très finement l’évolution des pratiques.
Il remarque que les contenus longs disparaissent au profit des vidéos courtes.
Il observe que l’originalité a plus d’impact que la performance pure.
Il constate que les rideuses deviennent centrales dans la visibilité des marques — leurs contenus dépassent parfois ceux des riders professionnels.
Il en tire des décisions business structurantes :
- mieux penser les modèles féminins,
- rendre la marque plus inclusive,
- réduire le plastique dans les packagings,
- revoir l’identité visuelle,
- adapter la communication.
Il sait que la croissance d’une marque ne dépend plus seulement du produit : elle dépend de sa capacité à comprendre les usages, à se connecter à la culture visuelle, aux réseaux.
C’est une dimension business rarement explicitée, mais centrale : Trigger évolue parce que Xavier observe le marché, pas parce qu’il veut le suivre aveuglément.
Reprendre Nomade : de l’employé au dirigeant, sans rupture
Reprendre Nomade est un acte entrepreneurial majeur.
Un acte qui ne ressemble pas à un “coup d’éclat”, mais à une cohérence : la boucle se ferme.
« J’ai investi toutes mes économies », dit-il, et cette phrase résume la sincérité du choix.
La transition se fait sans heurt, car il n’arrive pas comme un “nouveau patron”, mais comme quelqu’un qui connaît le lieu, la réalité du terrain, les contraintes de l’équipe.
Cette légitimité, il ne l’a pas construite dans un PowerPoint, mais dans les rayons, dans les conversations, dans les saisons.
D’un point de vue business, la reprise de Nomade lui permet :
- d’ancrer Trigger dans un écosystème plus large,
- de maîtriser un canal de distribution essentiel,
- d’observer directement les tendances clients,
- de diversifier son activité dans un secteur volatil,
- et d’assurer à la marque un relais physique crédible.
C’est une décision stratégique, au sens le plus noble du terme.
L’homme : moins de roller, plus de transmission
Avec le temps et les blessures, Xavier roule moins.
Il l’explique simplement : « Je préfère apprendre à mes enfants. »
Sa passion ne diminue pas : elle change de forme.
Elle devient transmission.
Elle devient accompagnement.
Elle devient une manière différente d’habiter le sport.
Et cette transformation, très humaine, est aussi profondément entrepreneuriale :
elle montre qu’une marque solide ne repose pas sur la performance de son fondateur, mais sur la capacité à créer une communauté qui roule sans lui.
Ce que révèle ce parcours : un entrepreneur qui avance au rythme juste
L’histoire de Xavier prouve qu’on peut créer sa marque de sport sans bruit, sans buzz, sans renier ses valeurs.
Elle montre qu’on peut :
- avancer lentement,
- maîtriser sa chaîne industrielle,
- comprendre ses utilisateurs,
- reprendre un commerce historique sans perdre son âme,
- évoluer avec le marché sans s’y dissoudre.
Et surtout : qu’une marque technique peut exister durablement dans un marché difficile si elle repose sur la sincérité, la qualité et la connaissance fine du terrain.
C’est aussi ce que nous aimons chez Ezytail : des partenaires qui construisent, pierre par pierre, leur parcours dans le vrai.